Incorporer ou pas le BRF

Comment bien mettre en place le BRF afin de ne pas faire d'erreur.

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Dominique
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Incorporer ou pas le BRF

Messagepar Dominique » mer. oct. 14, 2015 3:29 pm

Bonjour à tous!
La question de l'incorporation du BRF ou du simple épandage en paillis ne semble pas tranchée précisement. Chacun y va de son analyse en fonction de la situation géographique, de la texture du sol, etc...
Je vais tenter l'expérience dès cette année et je me pose beaucoup de questions.
Résidant en Corse, j'ai entre autres à ma disposition, des essences du maquis (arbousier, ciste, genêt, bruyère arborescente, myrthe,..) que j'envisage de broyer avec du chêne liège et du chêne vert pour épandage dans un potager à la texture moyenne sablo-argilo-limoneux.
Est-ce la bonne méthode ? Faut-il que j'incorpore le broyat obtenu ? J'ai lu que certains préconisent le paillage dans le Sud Est alors qu'il ressort par ailleurs qu'il faut éviter que le BRF ne soit désseché par le soleil. Comprenne qui peut!
Merci par avance pour les contributions qui ne sauraient tarder à venir.



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erudìhen
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Re: Incorporer ou pas le BRF

Messagepar erudìhen » dim. oct. 18, 2015 2:08 pm

Y'a pas à tortiller, la vraie méthode BRF sur planche de culture consiste à épandre le broyat à l'automne, de l'incorporer dans les 5-10 premiers cm de sol, attendre 6 à 7 mois, puis semer dans le mélange terre-copeaux. Une fois la culture faite, mettre un couvert hivernal vivant (engrais vert) ou mort (mulch d'hiver), continuer sur de la culture sur mulch, éventuellement refaire un brf quelques années plus tard.

La culture sur mulch de brf n'est pas du tout équivalente.
http://www.arbreco.com/app/download/4814214364/BRF.pdf (voir la dernière page)
Les autres méthodes hybrides avec compost ou autre ne font pas la même chose non plus.

Les références sont G. Lemieux et B. Noël, une bonne partie est compilée en un seul fichier (viewtopic.php?f=29&t=2877), il suffit de lancer une recherche sur le sujet :

Pour que l'application des BRF soit profitable, il faut qu'ils soient bien en contact avec le sol, sous la forme d'une nouvelle litière en milieu forestier ou mélangés avec le sol en milieux agricole ou horticole. Si cette exigence initiale n'est pas respectée, l'efficacité des BRF sera compromise. Si la colonisation primaire des BRF débute par les bactéries ou les actinomycètes, les basidiomycètes seront tenus à l'écart et la dépolymérisation de la lignine sera aléatoire ou inhibée. En pareils cas, la transformation des BRF se fera au détriment du sol et ne profitera que peu ou pas aux plantes. Ceci aura pour conséquence de perturber la mise en disponibilité des nutriments et des composés organiques qui sont de nature à influer sur la régie de l'eau dans le sol .
[...]
Afin d'obtenir les meilleurs résultats, les BRF devraient être incorporés dans le sol à l'automne et de préférence après la chute des feuilles. Si les feuilles sont encore présentes il est important d'éviter la fermentation des BRF avant qu'ils soient incorporés au sol. La microflore pionnière (basidiomycètes) qui a les propriétés les plus avantageuses pour assurer une transformation des BRF et en retirer le maximum d'énergie semble déjà présente sur les feuilles. et sur les rameaux. Les transferts énergétiques se faisant lentement, par concentration des cycles benzéniques et la modification de la structure de la lignine, les nutriments doivent être métabolisés par la biomasse microbienne, principalement du mycélium des basidiomycètes. C'est la microfaune fongivore qui assimilera les nutriments et l'énergie contenue dans la biomasse microbienne. Ainsi, après une première ingestion, les substances nutritives sont immobilisées dans cette biomasse, d'où l'absence de pertes par lessivage vers la nappe phréatique tout en évitant les concentrations toxiques de polyphénols.
L'activité de la biomasse microbienne contribuera à une mise en disponibilité graduelle des nutriments dans la solution du sol ou par voie enzymatique pour la croissance des plantes. Il y aura donc une utilisation maximale des nutriments tout en réduisant au minimum les pertes. Ceci explique les augmentations impressionnantes de rendement chez plusieurs cultures qui vont de 30 % à 1 000 %. Les effets des BRF appliqués au sol peuvent persister sur une période assez longue en milieu tempéré, soit environ 5 ans pour une application initiale de 2 cm de BRF (200 m3/ha).




L’incorporation au sol d’un matériau riche en carbone (et pauvre en azote occasionne une immobilisation de l’azote du sol par les micro-organismes, ce qui veut dire qu’il y a pénurie d’azote libre pendant les premiers mois. Lors de l’utilisation de B.R.F., on observe généralement ce type d’effets durant 2 mois, après cela les chaînes trophiques sont en places et les quantités de nutriments disponibles augmentent avec le temps.Si on incorpore le B.R.F. au printemps cela peut déboucher sur une faim d’azote durant la période de croissance, ce qui serait très néfaste aux cultures. Attention, en cas d’application en mulch c’est à dire sans incorporation du B.R.F. au sol, on observe pas ce type de problèmes mais la décomposition du B.R.F. sur sol agricole, est aussi beaucoup plus lente. L’automne présente aussi l’avantage de donner la priorité aux basidiomycètes : les champignons restent actifs à des températures inférieures à zéro, par contre les bactéries meurent et s’enkystent massivement durant la saison froide.




L’incorporation au sol :

En sol agricole, il est d’une importance capitale d’incorporer le B.R.F. aux 5 premiers centimètres de sol, ce au moyen d’un engin de travail superficiel. Ce point est généralement mal compris, ce qui suscite des prises de liberté par rapport à cette règle et mène à de nombreux échecs. Les raisons de cette incorporation superficielle sont d’ordre physique et biologique : La dégradation des B.R.F. nécessite l’intervention de nombreux organismes, en forêt, lorsque les conditions deviennent défavorables en surface (ce qui est plus rare qu’en champ, la forêt maintenant un microclimat sous sa voûte), ces organismes se réfugient en profondeur, dans la litière forestière qui les protège. En champs cette migration n’est pas possible et ces organismes sont à la merci de la moindre période de sécheresse. Ceci explique que les applications forestières du B.R.F. ne nécessitent pas d’incorporation au sol.
L’attaque par les basidiomycètes requière des conditions d’humidité du bois allant de 30% à 120%, l’optimum étant situé entre 60% et 100%. D’autre part ces champignons sont aérobies. L’incorporation aux 5 premiers centimètres du sol permet de maintenir le bois humide et en condition aérobie.




Le B.R.F. est parfois et peut être appliqué en mulch ; soit en couche plus importante appliquée en surface, sans incorporation au sol. Dans ce cas il se dégrade beaucoup plus lentement et ne joue pas le même rôle . Il sert alors de frein mécanique à la dessiccation, de niche écologique pour les prédateurs de certains parasites, il entrave la germination des adventices. Il est aussi probable que les effets à long terme rejoindront ceux de l’application avec incorporation. Mis à part les craintes que l’on peut concevoir quant au C/N du B.R.F. dont j’ai traité plus haut, la principale raison qu’ont certains utilisateurs de préférer le mulch est que l’on n'y perturbe pas la vie du sol. Or il semble que le travail superficiel et très occasionnel envisagé ici n’altérera pas de façon néfaste la vie du sol sur laquelle la méthode se base par ailleurs.




Les sols les plus propices :

Il existe des sols à proscrire, se sont les fonds de vallées humides, les sols hydromorphes qui restent constamment humides et froids. Les conditions anaérobies qui y règnent ne permettent pas la décomposition des B.R.F..

Les sols sablo-limoneux, les sols qui drainent biens tout en contenant une quantité suffisante d’argiles permettent l’application la plus intéressante des B.R.F., de tels sols permettent la dégradation des B.R.F., ils permettent aussi la stabilisation de la structure du sol et la stabilisation des molécules d’humus qui y sont impliquées. D’un autre côté ces sols n’ont généralement pas besoin d’une technique de remédiation vu leur fertilité bien connue.

Les sols sableux sont généralement considérés comme très peu fertiles. L’argile présent dans les sols précédents constitue des complexes d’échanges capable de stocker les nutriments ce qui entrave leur lessivage. Par contre un sol sableux se comporte comme un seau percé. L’utilisation de B.R.F. permet de remédier à cette situation, en effet les substances humiques peuvent également servir de complexe d’échange et stocker des nutriments. D’autre part le bon drainage dont bénéficient ces sols permet une digestion idéale du B.R.F., c’est dans de tels sols que cet amendement trouve le plus d’utilité.




Je vous arrête ici parce que les mécanismes que je viens de vous exposer n'ont rien de commun avec un paillis bien connu en agriculture et qui n'a pour but que d'affecter des facteurs physiques (diminution de l'évaporation, de la température, protection des racines...) La pédogènèse n'est pas «cosmétique» mais c'est le fondement même de la vie des écosystèmes terrestres.
Ici les rameaux sont incorporés au sol «à titre de nourriture fondamentale» et par l'action des Basidiomycètes ils sont intégrés dans tout le système. Dans le cas d'un paillis, les champignons s'y intégreront, mais ils consommeront les rameaux à leur seul bénéfice sans apport à la vie de la communauté hypogée. Ceci est au seul bénéfice des champignons, non pas du sol; c'est une perte non pas un gain.



On peut combiner incorporation et paillage, en n'incorporant qu'une partie du broyat, et en mettant l'autre partie en surface.

Un point n'est pas abordé dans les publications citées ci-dessus, puisque ça relève du sens commun. Il s'agit de toujours attendre le ressuyage complet pour les travaux du sol, même superficiels. Que ce soit la préparation initiale, l'incorporation, la destruction d'une croûte de battance, un désherbage. Le point important c'est d'épandre le brf sur sol déjà ressuyé pour pouvoir enchaîner tranquillement sur l'incorporation. Sinon on fait un mélange boue-copeaux. Il ne faut pas non plus que la terre soit sèche. Si c'est trop sec, cette fois ci il faut attendre une humidité du sol suffisante. Ce qui signifie attendre la pluie et/ou arroser, pendant plusieurs heures si le sol est vraiment sec et lourd, et si la structure est vraiment dégradée, continuer d'arroser de temps en temps pendant plusieurs jours, pour laisser le sol s'imbiber et se ramollir. Toujours du bon sens, quand la terre est battante, il ne faut pas laisser le mélange terre-copeaux s'encroûter et finir par manquer d'air. Il faut poser un paillage supplémentaire pour protéger du choc des gouttes d'eau, par exemple garder quelques broussailles entières pour couvrir le travail. Sinon il faudra systématiquement décroûter le sol par des binages ou griffages après ressuyage complet. De tout façon comme déjà expliqué, il faut enchaîner au moins dès l'hiver (sinon dès l'été) prochain sur des couverts saisonniers, le mélange terre-copeaux décomposés demandant la même protection qu'un sol nu.
«J'ai perdu mon temps ; la seule chose importante dans la vie, c'est le jardinage».


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